L'agent de vulgarisation sanitaire Binti Mohammed conseille une femme qui tient son bébé dans ses bras sur les meilleures pratiques nutritionnelles, au poste de santé du village de Wolargi, à Gemechis, un Woreda (district) de la région d'Oromia, en Éthiopie.

Justice sociale

L’économie des soins est un pilier fondamental d’un nouveau contrat social

Episode 42 | 26 octobre 2023

Transcription

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[musique] -Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode Des voix de l'OIT, un podcast dans lequel nous parlons des problèmes et des enjeux du monde du travail. Aujourd'hui, nous allons parler de l'économie des soins ou l'économie du care. On estime que 380 millions de personnes dans le monde travaillent dans le secteur des soins, 2/3 d'entre elles sont des femmes. L'économie des soins est appelée à se développer, car la demande est de plus en plus grande.

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On parle entre autres de la garde d'enfants, de l'aide aux personnes âgées ou aux personnes handicapées. Le potentiel de création d'emplois est donc énorme, mais il faut changer beaucoup de choses. En juillet de cette année, les Nations Unies ont adopté une résolution visant à créer une Journée internationale des soins et de l'assistance. Cette journée sera célébrée pour la première fois le 29 octobre. Que peut-on faire pour améliorer la situation des travailleurs du secteur des soins et créer des systèmes d'accompagnement solides et qui tiennent en compte les problématiques liées au genre,

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handicap et à l'âge comme le préconise la nouvelle résolution des Nations Unies ? Qu'est-ce qui doit changer ? C'est ce que nous allons aborder dans notre podcast d'aujourd'hui et nous allons parler avec Paola Simonetti, qui est Directrice du Département de l'égalité de la Confédération Syndicale Internationale. Bonjour Paola, merci d'être avec nous. -Bonjour Isabelle, et merci à vous de m'inviter dans cette session très importante. Je suis très contente d'être avec toi aujourd'hui. Oui, effectivement,

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cette année, le 29 octobre sera la première Journée internationale des soins et de l'assistance qui reconnaît l'héritage de la journée d'action pour les soins lancée il y a quelques années déjà par les syndicats afin d'accélérer l'économie des soins. -Commençons par les choses basiques. Lorsque nous parlons de travailleurs de l'économie des soins, de qui parlons-nous exactement et quelles sont les tâches qu'ils et elles accomplissent ?

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-Quand on parle de l'économie des soins, on se réfère à trois secteurs principaux : la santé, l'éducation et les services des soins. Il y a une définition portée par l'Organisation internationale du Travail, qui reconnaît un large éventail des soignants formels, rémunérés comme par exemple, les éducateurs de la petite enfance, les travailleurs sociaux et les aidants prodiguant des soins aux malades, aux personnes handicapées et aux personnes âgées,

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mais aussi le travail domestique rémunéré et non rémunéré est également reconnu. Les travailleurs à la maison, au sein du foyer, sont aussi reconnus comme faisant partie des travailleurs et travailleuses des soins sans rétribution monétaire. Des systèmes de soins performants sont essentiels pour faire face à l'augmentation des populations, au vieillissement des sociétés et aux besoins croissants générés par la demande accrue

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des services de soins en général. Ça, c'est la réalité aujourd'hui. Investir dans les soins est devenu prioritaire pour nos sociétés, car il est désormais reconnu que la santé, l'éducation et l'accueil des enfants, des personnes handicapées et des personnes âgées sont les fondements de notre résilience face aux chocs nationaux et mondiaux. Comme on l'a vu avec la pandémie, mais surtout pour bâtir des sociétés plus justes et plus inclusives,

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qui permettent de vivre dans la dignité et aussi, comme nous disent les Nations Unies, pour atteindre les Objectifs de développement durable, c'est un agenda effectivement global dans ce sens-là. J'aimerais aussi rappeler une résolution récemment adoptée par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies qui reconnaît les droits humains des aidants qui sont rémunérés ou non

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et de ceux qui bénéficient des soins aussi. Ce n'est pas au hasard qu’on commence déjà à parler d'un droit aux soins. Il y a déjà des pays où cela est encadré dans le cadre constitutionnel. Pour cela, l'économie des soins est un pilier fondamental d'un nouveau contrat social, comme préconisé par le Mouvement syndical international. Quand on parle qu'on veut que le gouvernement

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se lance dans un nouveau contrat social, on voit l'économie des soins comme un pilier fondamental dans ce contexte-là. -Dans l’introduction, j'ai parlé des défis auxquels l’économie des soins est confrontée. Comment voyez-vous ces défis se manifester parmi les travailleurs du secteur des soins que vous représentez ? -Il y a beaucoup de défis comme tu l'as dit, Isabelle. Quand on est en manque de systèmes de soins solides

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et suffisamment soutenus par des investissements, les travailleurs de soins doivent souvent faire face à des challenges énormes dans le secteur privé, mais aussi dans le secteur public. Par exemple, l'absence de protection sociale. Je prends comme exemples les permis de congé, ou l'indemnité légale de maladie ou le chômage, donc toutes les protections

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qui sont là pour protéger les travailleurs. Certains travailleurs ne bénéficient pas de ces protections juridiques. Par exemple, parmi les travailleurs indépendants ou les travailleurs dans l'économie informelle, on a beaucoup de migrants par exemple là-dedans. Des salaires très bas, des salaires inadéquats. -Surtout pour des tâches qui sont très importantes ? -Exactement. Des salaires très bas, ça, ce sont des choses

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que les travailleurs et les travailleuses de l'économie des soins souvent nous soulignent et qui sont souvent accompagnés par le manque d'un appui au parcours professionnel. Le manque de formation et aussi le manque d'équipement du personnel se traduisent aussi par des graves problèmes de santé et de sécurité au travail dans la profession. Aussi, le troisième défi, c'est les mauvaises conditions

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en général de travail. Comme je l'ai dit, la santé et sécurité, mais aussi le harcèlement. C'est aussi quelque chose que les travailleurs et les travailleuses doivent faire face dans ce sens-là. On pense par exemple aux travailleuses domestiques qui, au-delà du manque d'horaires, des emplois précaires, elles doivent aussi souvent faire face à ce défi-là. -Nous parlons de conditions de travail très précaires pour un travail souvent avec des responsabilités importantes.

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Quelles sont les actions et les politiques nécessaires pour mieux préparer l'économie des soins à l'avenir, qui va donc devenir de plus en plus importante ? -Nous, en tant que mouvement syndical, on a trois demandes principales pour le gouvernement. Qu'il mette en place, premièrement, une augmentation des investissements publics dans le secteur des soins, les investissements publics dans l'économie des soins en permettant de créer des millions d'emplois,

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comme justement a souligné l'Organisation internationale du Travail, pour favoriser la participation économique des femmes aussi et garantir l'accès universel à des services publics de qualité en matière de santé, des services de soins et de l'éducation. Par exemple, on parle des services des soins aux enfants qui sont indispensables pour les enfants, bien sûr, mais aussi pour garantir et permettre plus d'emplois pour les femmes et la création d'emplois.

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Les services de soins de longue durée, par exemple, sont aussi indispensables pour garantir le droit de vieillir en bonne santé. -Oui, surtout dans des sociétés qui vieillissent de plus en plus longtemps. Ça aussi, c'est très important. -Exactement. Si on parle à l'échelle mondiale, par exemple, il y a seulement une petite partie des pays qui prévoient la prestation des services publics des soins de longue durée pour les personnes âgées.

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Il y a encore du chemin à faire là-dedans. La deuxième demande qu'on a, c'est sûrement l'adoption des politiques en matière des soins. On parle des politiques du marché de travail inclusives. On parle des politiques favorables à la famille sur le lieu de travail et, comme j'ai dit tout à l'heure, d'une protection sociale universelle. Ici, on parle des congés maternité, des congés paternité pour permettre

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aux hommes d'assumer les responsabilités. -Leur rôle, absolument. -Leur rôle en matière de soins, des congés parentaux, tous ces droits qui contribuent à établir un équilibre entre les responsabilités professionnelles et familiales des mères et des pères au cours de la vie. Troisième pilier fondamental, un travail décent

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pour tous les personnels des soins. Ce qu'on dit toujours, c'est qu'on ne pourrait jamais avoir des services de soins de qualité si les travailleurs, les travailleuses n'ont pas des conditions décentes de travail eux-mêmes et elles-mêmes. Les emplois liés aux soins doivent être des emplois formels qui bénéficient des conditions de travail sûres, d'une rémunération suffisante comme on l'a dit tout à l'heure, et aussi en incluant un salaire égal pour un travail de valeur égale entre

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les hommes et les femmes. -Paola, pouvez-vous nous donner quelques exemples de pays ou de politiques mises en place pour reconnaître et valoriser le travail de soins rémunéré et les travailleurs des soins en tant que travailleurs essentiels, comme le demande justement la nouvelle résolution de l'ONU ? -Je peux vous donner quelques exemples Isabelle. Par exemple, dans le domaine du travail décent, en République dominicaine, les syndicats ont fait pression en faveur d'une amélioration

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des conditions de travail, spécialement pour les personnels domestiques. Finalement, le gouvernement a lancé un projet pilote pour formaliser les services de soins à domicile, qui étaient en majorité informels, pour permettre à ces travailleuses d'avoir un salaire minimum et aussi pour bénéficier de la Sécurité sociale. Ce sont des choses basiques, mais très fondamentales

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pour assurer le travail décent et les conditions de travail. En Afrique du Sud, la même chose aussi, les syndicats sont en train de travailler avec le gouvernement pour obtenir un salaire minimum, mais aussi des congés payés et une indemnisation en cas d'accident du travail, qui aussi est fondamental. Pour ce qui concerne la mise en place des politiques, je peux rappeler que par exemple,

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grâce aussi à la directive de l'Union européenne sur l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée, il y a beaucoup de pays en Europe maintenant qui sont à l'avant-garde. Les syndicats ont travaillé avec leur gouvernement dans ce sens-là. Finalement, investir dans l'économie de soins comme on l'a dit, c'est notre #investingcare pour l'investissement dans les soins. Je me souviens par exemple de l'expérience des syndicats

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au Canada où ils ont gagné finalement un système national de garderie. Maintenant, ils ont gagné des structures d'éducation préscolaire et des gardes d'enfants aussi qui sont presque universelles. Un autre exemple qui me vient à l'esprit, c'est aussi le syndicat en Inde, le Syndicat national des travailleuses indépendantes, le SEWA,

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qui depuis des années gère des gardes d'enfants, ce sont des coopératives, et qui est maintenant en train de demander et de s'engager avec le gouvernement pour instaurer un système national durable universel de garderie de qualité. Ce sont tous des exemples. Il y en a plusieurs, mais juste pour décrire avec des exemples concrets comment on peut avancer

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vers une économie de soins solide et durable. -Il y a des choses qui peuvent être faites. J'aimerais aussi parler plus en détail de l'inégalité croissante entre les hommes et les femmes que nous constatons dans le secteurs des soins, puisque si la majorité des travailleurs du secteur sont des femmes et que l'économie des soins est en crise, cela signifie que les femmes sont les plus vulnérables et assument une plus grande part des défis. Quelles sont les solutions à ce problème

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qui concerne en particulier les femmes ? -Il y a encore une répartition qui n'est pas juste du travail de soins non rémunéré, qui est effectivement effectué à 70 % par des femmes. Cela perpétue les écarts entre les hommes et les femmes en termes de participation au marché du travail, qui s'élève globalement à 27 %. C'est toujours très haut.

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Encore une fois, un investissement public dans les soins peut réduire cet écart et peut réduire cet obstacle à la participation des femmes sur le marché du travail. Il peut aider pour que les femmes gagnent l'indépendance économique et aussi rééquilibrer l'écart entre les sexes en matière d'emplois, mais aussi des rémunérations et des protections sociales.

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Je voudrais souligner ce chiffre parce que je pense qu'il est très important de réaliser que l'investissement dans les soins peut créer la potentialité des créations d'emplois directs, mais aussi indirects. L'Organisation internationale du Travail parle de 299 millions d'emplois à l'horizon 2035.

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-C'est énorme. -C'est énorme. Le potentiel est énorme et dans ces chiffres-là, 67 millions d'emplois indirects dans les secteurs autres que les soins. C'est une portion qui à mon avis est importante de réaliser pour que ce soit bien clair que l'investissement c'est direct dans la création d'emplois, mais aussi indirect.

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C'est très important. -Pour que cette économie des soins soit vraiment importante, il faut comme vous le disiez avant que ce soit plus inclusif, plus résilient, plus égalitaire du point de vue du genre. -Oui, exactement. Les investissements publics dans les services de soins aussi sont d'une importance capitale. Pour surmonter les inégalités,

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favoriser l'inclusion sociale et aussi l'inclusion des groupes les plus marginalisés. Pour faire tout ça et pour avancer dans cet agenda qui est fondamental, nous les syndicats, on demande de s'appuyer sur un dialogue social au niveau national, mais aussi au niveau global avec les pouvoirs publics, les employeurs et les travailleurs pour avoir un monde du travail plus inclusif,

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résilient et surtout plus égalitaire du point de vue du genre. -Merci beaucoup Paola pour nous avoir parlé aujourd'hui de l'économie des soins. Nous avons donc parlé avec Paola Simonetti, Directrice du Département de l'égalité à la Confédération syndicale internationale. C'est la fin de notre podcast. Nous continuerons à parler des changements dans le monde du travail. Pour l'instant, c'est au revoir et à très bientôt pour un autre épisode des Voix de l'OIT.

Avec

Invité/ée

Paola Simonetti
Paola Simonetti
Directrice du Département de l'égalité à la Confédération syndicale internationale (CSI)

Hôte

Isabel Piquer
Isabel Piquer