[musique] Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode de notre podcast de l'OIT sur l'avenir du travail. Je suis Khadija Youssouf-Diallo, votre hôte pour aujourd'hui. Dans son nouveau rapport, l'Organisation internationale du travail explore la manière dont l'intelligence artificielle, la numérisation, la robotique et l'automatisation redéfinissent la sécurité et la santé au travail dans le monde entier. Le rapport met en lumière la manière dont
les technologies émergentes améliorent la santé et le bien-être des travailleurs, tout en soulignant la nécessité d'avoir des politiques proactives pour faire face aux nouveaux risques. Pour parler de cela ensemble, nous avons aujourd'hui Manal et Dafne. Manal Azzy est la chef d'équipe des politiques de la sécurité et de la santé au travail à l'OIT et la responsable de la coordination du rapport. Dafne Papandrea est la spécialiste de la sécurité de la santé
au travail et depuis de nombreuses années, elle participe à la conception et à la coordination de la campagne de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail. Manal et Dafne, merci d'être avec nous. Merci. Merci. Merci. Mesdames, on entend souvent des inquiétudes générales de la part de travailleurs telles que : « L'intelligence artificielle et la technologie vont me remplacer et pas véritablement me protéger. » Le point de départ du rapport peut sembler contre-intuitif.
Qu'en pensez-vous ? Si je peux commencer, je trouve que c'est clair que le monde du travail se transforme. Il se transforme avec cette évolution technologique et l'introduction de l'intelligence artificielle, mais cela permet d'automatiser beaucoup de tâches. Bien sûr, cela peut provoquer un peu d'anxiété, surtout chez les personnes qui n'ont pas accès à la formation et ceux qui n'arrivent pas à se requalifier vite, ceux qui sont dans leur métier depuis longtemps, c'est très difficile de faire face à ces changements.
Selon les dernières données de l'OIT, on voit que l'automatisation ne remplacera qu'un nombre très limité d'emplois. En revanche, il y aura un grand nombre d'emplois qu'elle viendra soutenir et renforcer. Si je peux ajouter, ces technologies peuvent aussi permettre d'ouvrir le marché du travail à plus de personnes grâce à plus de flexibilité et à des nouvelles formes de travail. Par exemple, le télétravail ou les plateformes peuvent faciliter
l'accès à l'emploi pour les personnes en situation de handicap ou les seigneurs ou les personnes qui ont des responsabilités familiales. Surtout, notre rapport montre une chose essentielle : si ces technologies sont utilisées de manière responsable, elles peuvent vraiment favoriser un travail plus sûr et puissant. Absolument. D'ailleurs, parlons-en davantage. Comment cela se passe-t-il ? Car le rapport mentionne les robots et dans des environnements dangereux,
pouvez-vous nous en dire plus sur le monde des robots ? Oui, je suis d'accord. Aujourd'hui, les robots avancés travaillent déjà dans des environnements très dangereux. Ils peuvent prendre en charge des tâches lourdes et très risquées. On voit qu'ils peuvent aussi manipuler des matériaux toxiques et supporter des températures très extrêmes. Par exemple, si on regarde l'industrie du métal, on voit que des bras robotiques peuvent brasser le métal en fusion.
C'est une tâche qui pourrait exposer les travailleurs à des brûlures. Ça, on peut l'éviter avec ces bras robotiques. On voit aussi que les robots sont très utiles pour tout ce qui est tâches répétitives et fatigantes. Ça peut être dans des usines, mais aussi les tâches administratives qui sont très répétitives, qui peuvent être remplacées un peu. Même en agriculture, si je peux dire, on voit que des drones autonomes viennent appliquer des pesticides.
Ils peuvent être utilisés, même pour ces matières très toxiques. Cela, on voit que ça réduit l'exposition des travailleurs à beaucoup de produits très chimiques et très dangereux. On trouve beaucoup de bonnes choses en utilisant ces robots avec ces différentes formes. Même dans le domaine de la santé, on a vu dans la chirurgie robotique, l'utilisation de ces différents robots
pour la chirurgie allège la charge de travail et peut améliorer l'ergonomie de ces professionnels. Il y en a même des robots très interactifs qui peuvent aussi aider à collecter des données sur les patients. Ce qu'on aime bien avec ça, c'est qu'au lieu de perdre le temps à collecter des informations très banales et très répétitives des patients, ça laisse le temps pour les infirmiers et les soignants de se concentrer sur des tâches beaucoup plus complexes ou pour prendre
le temps de parler aux patients et échanger avec eux. Absolument, c'est génial ces avancées-là. En revanche, nous avons également recours à des technologies de surveillance intelligente et la gestion algorithmique du travail. Pouvez-vous nous en dire plus sur cet aspect-là ? Oui, en effet, ces systèmes, y inclus l'équipement de protection intelligente, peuvent être utilisés dans différents secteurs pour détecter des dangers et prévenir les accidents. Par exemple, dans la construction,
des bracelets ou des ceintures équipées avec des capteurs peuvent détecter des mauvaises postures ou même des shoots et envoyer comme ça une alerte pour une intervention plus rapide, ou des protections auditives intelligentes peuvent mesurer le niveau de bruit et donc mieux protéger les travailleurs dans des environnements bruyants. Aussi, dans les mines, certains casques connectés peuvent surveiller l'exposition au gaz toxique et transmettre des alertes en temps réel.
On voit aussi des systèmes vidéo alimentés par l'intelligence artificielle qui peuvent être utilisés pour renforcer la sécurité des conducteurs, par exemple. Ils peuvent analyser des vidéos en direct et signaler des risques. Pour rajouter à ce que Dafne vient de dire, je trouve aussi que, même au-delà des dangers physiques, la surveillance numérique peut aussi permettre d'identifier des signes de stress, de fatigue ou des horaires excessifs chez les employés. Cela permet d'agir pour prévenir le surmenage.
On entend beaucoup parler de nos jours du surmenage qui affecte beaucoup de gens dans beaucoup de secteurs. Moi, je trouve qu'aussi, il faut mentionner la réalité virtuelle qui est très importante dans le monde de la santé sécurité parce que ça permet la possibilité de former les travailleurs et ça permet de simuler des situations à risque, mais ça reste dans un environnement sans danger. On sent qu'on est vraiment face à l'acte
dans un environnement très immersif, mais sans faire face à ce danger réel. On peut former les gens et ils peuvent se considérer comme s'ils sont en train de faire les différentes mesures qu'ils doivent faire dans leur travail sans qu'ils soient en face du danger. Il y a aussi, je crois, la gestion algorithmique du travail. On va voir après, peut-être qu'il y a des risques qu'on n'aime pas, mais en même temps, ça peut être très utile parce que
si on l'utilise bien d'une manière très responsable, ça peut aider à adapter les tâches aux vraies préférences des travailleurs. Ça nous donne une indication des préférences des travailleurs et cela peut améliorer l'équilibre entre la vie professionnelle et personnelle de ces travailleurs. Comme on a mentionné au tout début, il ne faut pas aussi oublier que la numérisation fait place à de nouvelles formes de travail. Aujourd'hui, on est dans un monde où il y a beaucoup de télétravail.
On utilise les plateformes numériques pour faire beaucoup de travail aussi. Cela peut offrir beaucoup de flexibilité, comme elle a mentionné, Dafne, au tout début, que ça peut aussi favoriser l'inclusion de beaucoup de travailleurs qui peuvent accéder au monde du travail. On est bien d'accord, vraiment. Ce n'est pas un tableau complet, on peut se dire ça. Il existe aussi de réelles préoccupations, comme vous venez de le mentionner, Manal. Quels sont certains des risques ou dangers ?
Évidemment, il y a aussi des risques très réels liés à l'utilisation de ces technologies. C'est pour cela, je crois, qu'on a décidé de faire ce rapport pour pouvoir donner des recommandations, comment on peut agir, bien profiter de tout ce qui est bien, mais aussi prendre conscience de toutes les choses et les risques qui peuvent sortir de ces changements. D'abord, dans l'interaction humain-robot, c'est là que des mouvements inattendus ou des dysfonctionnements peuvent provoquer des accidents.
On est dans la perspective d'éviter des accidents et on se retrouve avec d'autres types d'accidents. Il y a des pannes, des alertes retardées qui peuvent aussi augmenter les dangers, surtout si le travailleur, on voit qu'il devient dépendant de ces différents équipements, des différents bracelets qui étaient mentionnés, qu'on peut être juste dépendant et on arrête de réfléchir et prendre les choses en main. Il y a aussi, bien sûr, des défis ergonomiques. Ça doit être conçu, adapté au travailleur.
Sinon, il y aura un inconfort. Soit, il ne va plus mettre les équipements, soit ça va générer encore plus de fatigue et des tensions musculaires. La surveillance permanente, et ça, c'est quelque chose dont on se plaint beaucoup. On commence par surveiller les gens parce qu'on veut voir s'il y a un risque pour leur santé. En même temps, ça devient peut-être une surveillance qui est pour la productivité. On va venir pénaliser le travailleur qui n'a pas assez produit de ce qui est ou comment
il peut arriver à ses objectifs dans le travail, et cetera, et ce n'est plus concernant sa santé, mais ça devient plus une surveillance sur le travailleur qui peut être très gênante. Avec toutes ces gestions algorithmiques, on voit aussi que cela peut intensifier le rythme de travail. Les gens peuvent sentir moins d'autonomie et se sentent plus contrôlés. Par ailleurs, on voit beaucoup d'isolement,
on voit moins de personnes, on est toujours devant nos appareils, alors les gens se sentent moins connectés, ils se sentent plus isolés socialement. Enfin, il faut une adaptation constante à ces technologies et c'est pour cela qu'on entend parler du techno stress. Les gens stressent pour toutes ces nouvelles transformations technologiques qui arrivent. Il y en a qui n'arrivent pas à gérer, à utiliser les différents logiciels qui sont présentés
et c'est ce qu'on appelle aujourd'hui le technostress. On a un terme parce que vraiment, ça touche beaucoup de gens qui ont cette anxiété face à toutes ces transformations qui se font très rapidement. Absolument. Puis, c'est à retenir tout ça, en effet. Dafne, j'aurais une question plutôt pour vous : que pouvons-nous faire pour garantir que les technologies et l'IA soient déployées de manière responsable pour la protection et la sécurité des travailleurs ? Il faut tout d'abord mettre
à jour les règles pour mieux protéger les travailleurs face aux risques liés aux nouvelles technologies. Par exemple, ça peut être pour ce qui concerne l'interaction homme-machine ou le droit à la déconnexion pour éviter l'épuisement numérique. Aussi, dans certains pays, maintenant, les protections en santé sécurité intègrent, par exemple, le télétravail ou le travail dans les plateformes numériques. Puis, sur le lieu de travail,
les entreprises doivent mettre en place des systèmes de gestion qui soient adaptés aux nouveaux risques numériques. Cela veut dire évaluer les risques quand une nouvelle technologie arrive et prendre des mesures de prévention adaptées. Pour finir, un point essentiel, je pense, c'est que les travailleurs doivent être bien informés, formés et pleinement impliqués dans tous les processus. Par rapport à cela, à l'avenir, Manal,
comment voyez-vous l'évolution des technologies et de l'IA dans le monde du travail concernant plus particulièrement la sécurité et la protection des travailleurs ? Oui, on peut espérer beaucoup de choses. Ce qu'on espère vraiment, c'est que l'intelligence artificielle deviendra encore plus adaptive et personnalisée. Que ça ne soit pas quelque chose qu'on applique sur tout le monde, l'un comme l'autre. Les outils intelligents pourraient bien sûr analyser les données en temps réel. Ça, ça nous aide beaucoup.
Ils peuvent nous aider à donner des alertes pour encore venir renforcer la prévention. Ce qui est très important, et il faut le rappeler, c'est que ces outils viennent en complément du jugement humain et non pas pour le remplacer. Vous avez dit ça au tout début, cette technologie ne devrait pas du tout remplacer l'être humain. On a toujours besoin de ce jugement de l'être humain pour faire fonctionner tous ces équipements qu'on voit autour de nous.
On a aussi, je trouve, et ce qu'on a trouvé en écrivant le rapport, c'est qu'il y a un manque de recherche pour comprendre réellement, c'est quoi l'impact sur les maladies professionnelles et les dangers. Est-ce que vraiment, il y a un impact négatif ou positif ? Est-ce qu'on a vu diminuer ces accidents grâce à l'introduction de ces technologies ou pas ? Est-ce qu'ils sont utilisés dans tous les secteurs, dans tous les pays ?
On aimerait avoir beaucoup plus de statistiques sur cela pour aussi éclairer comment guider les politiques et les changements des protocoles dans le monde. Ce qu'on a trouvé, et ce qui est très utile et comme a mentionné Dafne à un moment, il faut une collaboration entre les gouvernements, les syndicats, les employeurs, mais non seulement entre nos partenaires sociaux et les gouvernements, mais aussi avec l'académie, avec les universités, avec les centres de recherche,
pour vraiment comprendre de plus en plus et profiter de ces changements technologiques pour le bien de la santé et le travail décent. C'est parfait, c'est vraiment génial. Merci beaucoup, mesdames. Aujourd'hui, nous avons parlé de l'IA et la numérisation qui transforment la sécurité et la santé au travail, selon le nouveau rapport de l'OIT avec Manal Azzy et Dafne Papandrea. C'est la fin de notre podcast. Dans les semaines à venir, nous continuerons d'aborder les changements qui bouleversent le monde du travail.
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